Histoire du Nihon Tai Jitsu

Histoire du Nihon Tai Jitsu

16/11/2018 5677 Par Fabien

         Le tai-jitsu dans sa forme que nous connaissons en Europe et Roland HERNAEZ sont indissociables.

Me Roland HERNAEZ

         Roland HERNAEZ, né en 1934, commence les arts martiaux en 1951 par le JUDO et le JU-JITSU. Il fait son service militaire au Fort Carré d’Antibes et pratique le close-combat, dont il devient instructeur. En 1956 il passe sa ceinture noire de judo, et démarre la pratique du KARATE, de l’AIKIDO et du TAI-JITSU qu’il découvre auprès de Jim ALCHEIK

Citons maître HERNAEZ à propos de ce pionnier oublié des arts martiaux en Occident :

Jim Alcheik en action

«  Jim Alcheik était un bon 3ème dan de judo qui vivait en Tunisie. Il y rencontre Minoru Mochizuki qui l’invite à venir au Japon. De 1954 à 1957, Jim ALCHEIK étudie au dojo Yoseikan à Shizuoka de Minoru MOCHIZUKI, qui le considérait comme son représentant pour l’Europe.Jim Alcheik crée à son retour du Japon la Fédération Française de Aïkido Taï-Jitsu et Kendo (FFATK), et enseigne ces 3 disciplines. Son taï-jitsu est une méthode de self-défense basée sur les techniques qu’il avait apprises du maître. Cette méthode personnelle, il l’a créé avec les encouragements du maître MOCHIZUKI; j’ai vu des écrits dans lesquels le maître lui demandait de créer la FFATK. »

Roland Hernaez

Naissance du tai-jitsu

         Jim Alcheik eut 3 assistants; l’un d’eux, Roland HERNAEZ, s’occupait plus particulièrement de la partie tai-jitsu. Malheureusement, Jim ALCHEIK décède en 1962 dans l’explosion d’une villa lors de la guerre d’Algérie. Après sa disparition, ses élèves se dispersèrent, chacun travaillant de son côté techniquement mais surtout pédagogiquement.

Citons Me HERNAEZà ce propos :

« Jim Alcheik était un excellent budoka, cependant il y avait un point dans son enseignement qui ne me convenait pas – c’est le professeur de gym cartésien qui parle – c’était le manque de rigueur dans sa démarche. Je m’en étais ouvert à plusieurs reprises, au cours des différents stages que j’ai suivis avec le maître Mochizuki. Ce dernier m’encouragea à élaborer une méthode plus cartésienne du Tai-Jitsu. En 1972, je partis au Japon à l’invitation de la Japan Publication, une maison d’édition, pour développer mes connaissances en Shorinji-Kempo, que je connaissais déjà pour l’avoir travaillé ; accompagné de Georges Hernaez et de Daniel Dubois, nous nous entraînames 3 semaines dans le temple de Shikoku. J’ai été très attiré par cette école. A mon retour, j’ai hébergé un gradé de Shorinji-Kempo, (Maître AOSAKA) durant 2 ans avec lequel je travaillais tous les jours et plusieurs heures. J’ai été la première ceinture noire de Shorinji Kempo en Occident. Je dois admettre que le Shorinji Kempo m’a beaucoup apporté; j’y ai puisé beaucoup de choses pour enrichir mon tai-jitsu. Je n’ai pu y rester car cette école dispense un aspect religieux –le kongo zen- avec lequel je n’étais pas d’accord. »

Roland Hernaez
Photo prise lors du stage de Shorinji-Kempo à Tadotsu (JPN) au cours de l’été 1972.
de g à d : Roland Hernaez, Hiroshi Aosaka, Daniel Dubois, Georges Hernaez 

            A son retour du Japon, Roland HERNAEZ fonde la FEDERATION FRANCAISE de TAI-JITSU et SHORINJI-KEMPO, dont il sera le président les deux premières années. Puis les deux disciplines se séparent pour suivre leurs propres chemins, Roland HERNAEZ se consacrant désormais exclusivement au tai-jitsu.

            La Fédération Française de Tai-jitsu (FFTJ) viva librement jusqu’en 1977, période à laquelle le Ministère de la Jeunesse et des sports Français délégua ses pouvoirs au Karaté Do et à l’Aïkido, leur permettant ainsi de créer leur propre fédération délégataire. C’est, entre autres, la naissance de la Fédération de Karaté et Arts Martiaux Affinitaires (FFKAMA). 

Un protocole d’accord est alors signé entre la FFTJ et la FFKAMA dans le but d’assurer le développement de la discipline, la reconnaissance des grades au niveau national et de permettre la formation et l’obtention de diplômes d‘état pour les enseignants.  La FFTJ disparait alors en s’intégrant à la FFKAMA.

Evolution du tai-jitsu

L’intégration au sein de la FFKAMA nécessita des évolutions techniques à la méthode traditionnelle enseignée jusque-là :

  • 8 séries de techniques de base sont créées en remplacement des attaques d’Aïki Ju-jitsu utilisées jusque-là.
  • 3 Katas voient le jour :
    • Tai-jitsu 1erKata crée par Roland HERNAEZ
    • Tai-jitsu 2èmeKata crée par Georges HERNAEZ
    • Tai-jitsu 3èmeKata crée par Daniel DUBOIS

De 1977 à 1985 le Tai-jitsu se développe au sein de la FFKAMA, toutefois, la fédération ne laisse pas assez de liberté, Roland HERNAEZ et quelques autres dirigeants, jugeant que la fédération ne réponds plus à leurs attentes, quittent la FFKAMA et à réactivent la Fédération Française de Tai-Jitsu (FFTJ).

            La FFTJ se rapproche alors de différents organismes japonais qui reconnaissent que l’enseignement et la pratique du tai-jitsu respectent les valeurs traditionnelles du Budo Japonais, apportant une sorte de consécration à la discipline et au Me HERNAEZ.

Ainsi, la FFTJ a été admise au sein de la Fédération International des Arts Martiaux (IMAF), organisme créé au lendemain de la guerre et dirigé par les plus grands maîtres des différentes disciplines, tels que le Me Minoru MOCHIZUKI et le Me SATO pour le ju-jitsu, le Me SUGINO pour le Katori-Shinto-Ryu, le Me MIFUNE pour le judo. Le tai-jitsu a également été reconnu par le Seibukan Academy qui fut longtemps dirigée par le Me SUZUKI, 10ème dan de karaté GOJU-RYU, ainsi que par l’International Federation Nihon Budo (IFNB) du Me Minoru MOCHIZUKI.

Pour preuve de cette reconnaissance, les Japonais ont permis à Roland HERNAEZ d’ajouter le mot Nihon qui signifie « authentiquement japonais »

« J’ai la fierté aujourd’hui de dire que cette méthode de self-défense, issue du JU-JITSU des samouraïs est respectée dans le monde entier, qui lui reconnaît son efficacité, sa progression, ses principes, sa hiérarchie et aussi son esprit particulier. Les maîtres japonais parmi les plus grands héritiers du BUDO traditionnel, personnalités avec lesquelles je suis en contact direct depuis des années, ont donné à ma méthode le label NIHON (authentiquement japonais) que nos pratiquants arborent avec fierté. Associé avec le Nihon Ju-jitsu de la Fédération Internationale des Arts Martiaux notre style est reconnu et apprécié par ces maîtres détenteurs de la reconnaissance impériale japonaise. Le président d’honneur était lui-même l’oncle de l’empereur le prince HIGASHIKUNI. Chaque année les maîtres japonais avec lesquels j’étudie témoignent leur attachement ainsi j’ai eu l’honneur d’être nommé au cours du stage de MUNICH (OCTOBRE 1992) 8ème dan de NIHON JU-JUTSU, plus haut grade décerné dans ce BUDO à un occidental. Ma méthode est avant tout un Art Martial faisant partie du BUDO traditionnel, mais en plus, il s’agit d’une conception particulière de la défense personnelle à la portée de tous, issue du véritable JU-JUTSU, dans la lignée des maîtres KANO, MIFUNE, ITO, KAWAISHI, MOCHIZUKI, SATO, KAWANO. A notre époque de troubles où l’accent est mis sur la compétition il me parait vital pour l’avenir de l’homme de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’harmonie et à la paix. Si le NIHON TAI-JITSU tel que je l’ai conçu peut apporter une pierre à cet édifice, ce sera ma meilleure récompense et l’espoir en une vie de progrès. » 

Roland Hernaez

En 1986, l’Association Française de Nihon Tai-jitsu (AFNTJ) voit le jour.

En 1988 un nouveau protocole est signé et l’AFNTJ réintègre la FFKAMA. Depuis l’AFNTJ a été renommée en Ecole Française de Nihon Tai Jitsu (EFNTJ) et continue d’évoluer au sein de la Fédération Française de Karaté en tant que discipline associée.